Mis en avant

Qui suis-je?

Alors que je me trouvais en troisième année de faculté de sport à Lyon, pas très au clair concernant mon avenir professionnel, j’ai découvert la psychologie par le biais d’une Unité d’Enseignement. Ce fut une véritable révélation pour moi. J’ai tout de suite été passionnée par ce domaine. Je me suis donc réorientée après avoir obtenu ma licence STAPS. Je me suis découverte studieuse comme je ne l’avais jamais été au cours de ma scolarité. Etudier, lire, « creuser », s’informer prenait tout à coup un sens pour moi. J’avais enfin trouvé ma voie. J’ai obtenu un Master de psychologie clinique à l’Université de Bourgogne quelques années plus tard…

Depuis, j’ai connu de nombreuses expériences enrichissantes mais la plus incroyable fut sans nul doute mon installation en cabinet libéral le 1er novembre 2013. J’y reçois des adolescents et des adultes en proie à des difficultés de vie mais aussi des patients présentant des troubles du spectre autistique, des troubles du comportement ou encore une déficience mentale. J’anime par ailleurs des groupes d’habiletés sociales. J’interviens auprès de sportifs de haut niveau et enseigne dans des instituts de formation ou en soins infirmiers. Enfin, d’autres projets intéressants sont en cours…

C’est notamment le cas de ce blog qui a pour but de faire partager mon intérêt pour la psychologie, de faire connaître mon activité et de proposer des articles courts et accessibles à tous sur des sujets qui interpellent ou sur lesquels on m’interroge fréquemment. L’idée de ce blog est née de l’intérêt que portent les gens qui m’entourent pour ma discipline et mon travail mais aussi de mon souhait de rétablir quelques idées reçues ou confusions, entendues dans les médias notamment.

Pour conclure cette présentation, je précise que mes écrits n’engagent que moi. Ils sont le fruit de mes recherches, formations, expériences mais sont également étroitement liés à mes valeurs, mes centres d’intérêts et ma sensibilité. Ils ne tiennent pas lieu de diganostic ou de vérités absolues.  En cas de doute ou de questions, tournez-vous vers un professionnel. Bonne lecture !

La gestion émotionnelle

Les émotions nous accompagnent au quotidien et teintent notre vécu de leur tonalité tantôt positive, tantôt négative. Savoir les reconnaître, les comprendre mais aussi les réguler est essentiel à notre bien être et à notre adaptation. Bien qu’elles soient omniprésentes et indispensables, elles sont parfois mal connues, ignorées ou encore redoutées. Je vous propose aujourd’hui de vous apporter quelques notions quant à ce phénomène et ses mécanismes ainsi que les possibilités dont nous disposons pour le réguler.

Tout d’abord, on définit les émotions comme des variations ponctuelles de différents composants de l’organisme en réponse à des stimuli significatifs pour la personne qui les perçoit. Les émotions comportent à la base une fonction de survie mais au fil de notre évolution elles se sont complexifiées. On distingue les six émotions primaires (la joie, la peur, la colère, la tristesse, le dégout, la surprise) des émotions secondaires (ex : la honte, la déception, l’agacement… que l’on nomme aussi sentiments). Savoir réguler ses émotions c’est posséder la capacité relative de moduler leur expression en fonction de la situation, mais aussi de savoir « agir » sur elle. Ce processus peut faire l’objet d’un travail. Pour cela, il est essentiel de comprendre comment naissent nos émotions et comment elles se répercutent sur nos comportements, notre humeur voire notre personnalité.

Le processus émotionnel suit plusieurs étapes :

  1. Il débute avec un évènement externe ou interne, passé, présent ou futur, réel ou imaginaire. Cet évènement va être significatif pour la personne. Il s’agit donc d’une réaction tout à fait subjective à un stimulus.
  2. Cette situation va provoquer trois types de manifestations internes : des réactions physiologiques telles que l’accélération du rythme cardiaque, des pensées à propos du dit stimulus et des émotions.
  3. L’émotion va avoir un impact comportemental en réponse aux pressions internes qu’elle génère.
  4. Des conséquences vont résulter des comportements mis en place.

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Pour effectuer un travail de régulation émotionnelle, nous allons pouvoir agir à différents niveaux se référant aux étapes indiquées ci-dessus. Les moyens d’action présentés ne s’effectuent pas forcément dans l’ordre mentionné. Par exemple, une émotion peut constituer un point de départ à la réflexion qui s’opérera ensuite en examinant les causes et/ou les conséquences de celle-ci.

L’évènement :

– Nous ne pouvons éviter la survenue de certains évènements. En revanche, nous pouvons parfois quitter une situation jugée problématique ou néfaste. Réguler ses émotions c’est parfois reconnaître qu’une relation ou une situation ne sont pas bénéfiques pour nous et qu’il est préférable de ne plus s’exposer à celles-ci. Nous faisons souvent ce constat dans un contexte de répétition et/ou de prise de conscience.

– Nous pouvons également persévérer dans une situation mais en modifiant certains paramètres après avoir constaté son impact émotionnel négatif : en communiquant pour résoudre un conflit, en cherchant de nouvelles stratégies, des compromis, des solutions…

Attention : si il est parfois bon d’éviter une situation perçue comme néfaste émotionnellement, l’évitement peut devenir problématique si il est perpétuel et/ou non justifié. Dans le cas du stress et de l’anxiété, certaines conduites évitantes finissent par devenir pathologiques. Par ailleurs, dans le cas de l’anxiété, l’évènement est « imaginaire » (la personne imagine des évènements futurs catastrophiques mais peu probables). L’émotion de peur naît de cette anticipation dramatique. Il est donc important d’avoir un regard attentif sur les évènements qui suscitent des émotions négatives. Ils peuvent nous donner l’envie de nous en détourner mais cela peut se faire à notre détriment. Un arbitrage doit être observé entre les situations à éviter et celles à affronter.

Les pensées :

– Les pensées rattachées aux évènements peuvent faire l’objet d’un travail d’analyse, seul ou à l’aide d’un professionnel. Certaines sont inaccessibles car inconscientes. En ce qui concerne les autres, il s’agit de comprendre pourquoi cet évènement suscite une telle réaction en nous, pourquoi ce point est sensible, quelles représentations s’y rattachent, quels souvenirs il fait remonter, comment nous l’interprétons. Comprendre ses pensées est un travail introspectif important mais complexe. Il s’agit de prendre du recul par rapport à l’évènement, de lâcher prise, de faire preuve d’empathie mais aussi de questionner nos croyances, nos biais cognitifs, nos préjugés et nos erreurs d’interprétation.

– Modifier son focus attentionnel sur l’évènement est également un bon moyen de réguler ses émotions : quels sont les points positifs et bénéfices de cette situation ? Qu’ai-je appris au-delà ce que j’ai vécu ? Il est important de se focaliser sur le plus probable plutôt que le pire ainsi que sur le moment présent plutôt que les souffrances du passé et incertitudes du futur.

Les manifestations physiologiques :

Se connaître c’est aussi connaître ce que les émotions provoquent en nous. Il s’agit d’indices significatifs et précieux. En effet, ils nous aident à décrypter nos émotions mais aussi à nous adapter en écoutant notre corps et nos besoins.  

L’émotion :

– Quand une émotion survient, l’un des points fondamentaux consiste à la reconnaître. Cependant, certaines sont complexes, multiples, entremêlées et même… contradictoires ! Une bonne perception émotionnelle consiste à avoir conscience de nos émotions mais aussi de les exprimer de la « bonne manière ».

– Mayer et Salovey sont des auteurs ayant développé le concept d’ »intelligence émotionnelle ». Pour eux, la gestion émotionnelle passe par des habiletés cognitives permettant de percevoir et d’intégrer les émotions dans le processus de réflexion. Elles se réfèrent à la connaissance de soi, la responsabilité, la communication mais aussi l’empathie et la stabilité émotionnelle.

– Il s’agit donc de se trouver à une juste distance de ses émotions : ni trop loin (froideur émotionnelle, méconnaissance de soi, évitement systématique, inhibition), ni trop prêt (hypersensibilité).

– Un nouvel arbitrage peut être effectué entre vivre ou abandonner son émotion après analyse. Quoi qu’il en soit il est important d’être à son écoute plutôt que d’aller contre elle.

Le comportement :

– Le comportement est la résultante de l’émotion. Cette dernière va générer une énergie, ou des pressions qui vont entraîner une décision comportementale plus ou moins consciente. Il est nécessaire de faire l’observation du lien entre émotion et comportement, surtout quand le dit comportement n’est pas acceptable pour soi ou pour les autres. En thérapie, nous investiguons souvent dans ce sens. Repérer l’émotion à l’origine d’une conduite répétitive, néfaste ou pathologique n’est pas toujours chose aisée.

– Dans l’idéal, la réponse comportementale régulatrice devra être aussi saine que possible (activité physique, temps pour soi, communication, repos, expression artistique, travail introspectif…).

Les conséquences :

Ce dernier point fait référence à un constat général et à plus long terme. Il est lié à l’impact concret de nos comportements sur nos vies et peut faire l’objet de prises de conscience de part son caractère répétitif, négatif ou incommodant.   

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Ce travail émotionnel est couteux en temps et en énergie. Il ne peut donc pas être effectué à chaque instant. Nous devons le mettre en place en cas de dérégulation émotionnelle. Les conséquences délétères pour soi ou pour les autres, les addictions, la persistance d’un sentiment jugé désagréable, la sensation de déconnexion ou au contraire d’asservissement à ses émotions, les troubles alimentaires ou du sommeil… signent parfois ce genre de difficultés qui, à long terme, peuvent altérer la santé physique et psychique.

Il est donc important de comprendre nos émotions car elles disent quelque chose de nous, de nos valeurs et de notre identité. Elles sont des alliées car elles attirent notre attention et nous permettent de nous adapter à notre environnement. Le travail de régulation émotionnel encourage l’ouverture aux émotions. En clair, plus on gère ses émotions, plus il devient facile et automatique de le faire. La juste distance vis-à-vis de celles-ci est primordiale. C’est en s’exerçant que ce positionnement deviendra fluide de naturel. Elles seront alors vécues comme un atout et non plus un obstacle.

L’anxiété

Ressentir de l’anxiété est un phénomène normal lorsqu’il est transitoire et ponctuel. C’est une fonction adaptative qui nous permet de nous mobiliser afin de faire face à un évènement stressant. L’anxiété est dans ce cas là relativement tolérable et contrôlable. Il ne s’agit pas d’une maladie mais d’une émotion.

Cependant, lorsque l’anxiété est présente de manière intense et fréquente, on parle de « trouble anxieux ». Il s’agit alors d’une pathologie. On la définit généralement comme une « peur sans objet ». En effet, la personne va régulièrement ressentir de l’inquiétude car elle redoute un péril imminent, bien que cette insécurité soit irrationnelle. Il s’agit d’une anticipation négative des évènements générant une tension interne importante et quasi permanente que l’on nomme « hypervigilance ». La personne a peu ou pas de contrôle sur son anxiété. Elle imagine sans cesse des scenarii catastrophes pour elle et pour ses proches et vit une attente anxieuse qui impacte ses ressources psychiques, son énergie et à la longue, sa santé.

Aux symptômes psychiques cités ci-dessus s’ajoutent des signes physiologiques (palpitations, troubles intestinaux, vertiges…), des signes comportementaux (agitation, nervosité, compulsions…) et des signes cognitifs (manque d’attention, oublis…). Les troubles anxieux sont présents dans de nombreuses pathologies psychiques. On les retrouve par exemple dans les états dépressifs, les addictions, les troubles du comportement alimentaire, la plupart des psychoses…

L’anxiété trouve son origine dans différents facteurs qui se cumulent parfois : enfance insécurisante, traumatismes, épuisement physique ou psychiques, incertitude, changements de vie, pertes, dérèglement hormonaux… Enfin, certaines recherches tendent à prouver qu’il existerait des facteurs génétiques pouvant expliquer l’existence d’un tel trouble (déséquilibre des neurotransmetteurs).

Le trouble anxieux peut prendre différentes formes :

  • Le trouble anxieux généralisé : il se caractérise par une anxiété diffuse quasi permanente ainsi que des symptômes anxieux (voir ci-dessus).
  • Le trouble panique : il se définit par la répétition de crises d’angoisse (ou crises de panique). Elles présentent un caractère aigu, intense ainsi qu’ une fréquente composante physique (tremblements, palpitations, sensation d’étouffement, étourdissements…)
  • L’agoraphobie : il s’agit d’une peur des lieux où il est difficile de s’échapper (foule, transports en commun…)
  • Les phobies simples : c’est la peur d’un objet ou d’une situation spécifique disproportionnée par rapport au danger réel (ex : peur des araignées, de prendre l’avion, du sang…)
  • La phobie sociale : la peur porte ici sur les situations sociales et/ou celles où la personne doit livrer une « performance » (ex : parler en public). Elle craint d’être évaluée et mal jugée.
  • Le trouble obsessionnel compulsif : conduites répétitives, irrépressibles et irraisonnées à valeur conjuratoire en réponses à des obsessions telles que la peur de la mort. 
  • L’état de stress post traumatique : trouble psychique consécutif à un évènement traumatique où l’intégrité physique a été menacée. Il entraîne des reviviscences et des difficultés émotionnelles invalidantes.

Selon sa gravité et son impact sur la vie de la personne qui en souffre, l’anxiété sera traitée de manière médicamenteuse (prise d’anxiolytiques et antidépresseurs) mais aussi grâce à la psychothérapie. Les Thérapies Cogitivo-Comportementales ont fait leurs preuves dans ce domaine. Elles reposent sur l’identification et la modification des pensées négatives automatiques. La thérapie analytique, plus longue, permet d’effectuer un travail en profondeur afin de comprendre et de traiter les causes de cette anxiété intense. Enfin, un travail de fond préventif et curatif basé sur la méditation, la relaxation ou encore l’activité physique peut être effectué. La qualité de l’hygiène de vie est un facteur essentiel dans la lutte contre ce trouble.

L’anxiété, lorsqu’elle est mesurée et ponctuelle, est une émotion normale et utile car elle attire notre attention sur un évènement stressant. Ainsi, nous pouvons prendre toutes les précautions nécessaires pour faire face à celui-ci. Cependant, elle devient pathologique lorsqu’elle est intense et durable. Cette persistance de l’inquiétude et cette sensation de menace diffuse est alors qualifiée de trouble anxieux. Très invalidant, il est nécessaire de le prendre en charge avant que les répercussions qu’ils occasionnent ne soient trop importantes.

La dépendance affective

Derrière le terme à la mode de « dépendance affective », se cache un trouble qui toucherait 2% de la population française. Il ne s’agit ni d’une structure de personnalité, ni d’un trait de caractère selon les théories en psychologie mais plutôt d’un trouble qui prend ses racines dans l’enfance ou un choc émotionnel. Les classifications internationales de référence utilisent le terme de « trouble de la personnalité dépendante ». Il est définit comme un « besoin général et excessif d’être pris en charge qui conduit à un comportement soumis et à une peur de la séparation ». La dépendance peut alors concerner les domaines sentimentaux, professionnels, familiaux, amicaux…

La dépendance affective va spécifiquement s’exprimer dans le lien amoureux. La personne va être gouvernée par son angoisse d’abandon et sa grande peur de la solitude. Elle va être dans l’incapacité de vivre pour et par elle-même et va donc avoir besoin de l’autre pour exister. Elle va rechercher son approbation et à se réassurer auprès de lui. Quand on évoque la dépendance affective, on fait fréquemment le lien avec la théorie de l’attachement de Bowlby et notamment le style préoccupé (inquiétude vis-à-vis de l’attachement à autrui, doutes quant aux sentiments de l’autre, recherche constante de proximité, jalousie, possessivité…).

Ce schéma, certes un peu simpliste, illustre bien l’appui sur l’autre pour fonctionner et la quasi absence d’univers personnel. Ces deux dimensions sont interdépendantes. « Je n’ai pas de monde à moi, j’ai donc terriblement besoin de toi pour exister car tu représentes tout mon univers » mais aussi « je suis tellement dépendant de toi, que je ne peux investir d’autres domaines ».

Plusieurs causes sont avancées pour expliquer ce trouble :

  • Le manque affectif précoce résultant d’une froideur, d’une absence ou d’une inconstance parentale
  • L’angoisse d’abandon
  • Les situations de violence durant l’enfance
  • L’insécurité affective causée par une perte antérieure ayant tant marqué la personne qu’elle redoute de la vivre à nouveau
  • Un choc émotionnel ou traumatisme
  • Le manque de confiance en soi et la sensation de ne pas être digne d’être aimé
  • La peur de la solitude

Ces facteurs vont être à l’origine de failles narcissiques. Elles vont perturber le processus de constitution de l’identité, d’où l’appui sur celle d’autrui. Un certain nombre de signes peuvent être révélateurs d’une dépendance affective. Leur nombre et l’intensité avec laquelle ils s’expriment sont significatifs :

  • La peur d’être quitté, abandonné, rejeté
  • La sur-réaction aux signes d’éloignement du partenaire même si ceux-ci sont anodins
  • La recherche constante de proximité, la difficulté à laisser l’autre avoir son propre univers
  • La difficulté à prendre des décisions / la consultation du partenaire pour faire un choix
  • Le sentiment d’insatisfaction permanent
  • Le mal être, l’anxiété voire la dépression
  • La difficulté à être seul et autonome
  • Les comportements compulsifs compensatoires
  • Le manque de confiance en soi
  • La tendance à s’effacer, à se taire, à ne pas exprimer son désaccord
  • La création de conflit pour tester la solidité du lien, le chantage affectif, la jalousie
  • La pensée à court terme et l’impulsivité
  • Le fait de faire trop souvent les choses pour faire plaisir, pour plaire à l’autre
  • L’isolement social (évolution dans un petit cercle)
  • Le report de ses responsabilités sur autrui et l’absence de prise d’initiatives
  • L’absence de centres d’intérêt, de passion, de projets à soi (ou l’absence de concrétisation de ceux-ci)

Ce fonctionnement fait malheureusement parfois le lit de situations de violence. L’angoisse d’abandon peut pousser la personne à accepter l’intolérable, à se soumettre à l’autre car la perspective de la perte est plus terrifiante à court terme que la violence subie. Cependant, il existe de nombreuses situations conjugales dans lesquelles le partenaire n’est pas malveillant et subit plutôt la dépendance affective de l’autre. Il se voit reprocher injustement sa conduite et doit perpétuellement se justifier, rassurer, contenir les états émotionnels de l’autre.

Cependant, on peut progresser et sortir de l’état de dépendance affective. Il s’agit tout d’abord de prendre conscience de ce trouble aussi objectivement que possible, d’expérimenter progressivement la solitude, le temps pour soi mais aussi de développer son univers personnel. Le but sous-jacent étant d’améliorer la confiance en soi et de renforcer l’identité afin de casser la croyance selon laquelle la personne n’est pas « aimable ».

Le travail thérapeutique consiste à briser de la cercle vicieux de la dépendance

 Un travail est également à effectuer du côté du lien à l’autre. L’idée est d’apprendre à faire confiance et à respecter l’intimité personnelle du partenaire. Il s’agit aussi de repérer les comportements injustes ou injustifiés adoptés sous le coup de l’angoisse et de les gérer en interne. Ce travail est complexe et s’inscrit dans le temps car il nécessite de déconstruire des schémas relationnels et comportementaux profondément ancrés.  

Les troubles du comportement alimentaire

Rares sont les personnes qui peuvent prétendre avoir toujours entretenu une relation parfaitement saine à la nourriture. Au delà de son caractère vital, l’alimentation revêt une forte dimension affective. De ce fait, les moments de vulnérabilité psychologiques ont souvent un impact plus ou moins important sur cette sphère que ce soit en terme de restriction ou d’excès. Ces déséquilibres ponctuels ne sont pas considérés comme des pathologies. Comme je l’écris souvent, le trouble s’inscrit dans l’intensité et la durée. Dans le cas d’un trouble du comportement alimentaire (TCA), un sentiment de perte de contrôle s’y rattache également. Définir les TCA n’est pas chose aisée car ils sont nombreux et très variés bien qu’appartenant à la même grande catégorie. Par ailleurs, qualifier une pathologie nécessite de se référer à une norme. Or, les habitudes alimentaires sont culturelles et varient d’une personne à l’autre.

Néanmoins, la Haute Autorité de Santé définit les TCA comme des « perturbations graves du comportement alimentaire » c’est-à-dire des conduites différentes de celles adoptées par les individus issus de la même sphère socioculturelle. Ils s’inscrivent dans la durée et s’accompagnent de troubles somatiques et psychologiques. Enfin, la sensation de perte de contrôle ou le besoin irrépressible de s’alimenter d’une façon spécifique sont fréquemment évoqués.

A l’origine des TCA, on retrouve des causes biologiques tels que les facteurs génétiques et neurologiques. Certaines études mettent en avant une altération dans la sécrétion d’un neurotransmetteur, la sérotonine. Il existe aussi des causes psychologiques telles que des difficultés de gestion émotionnelle, certains traits de caractère (ex : perfectionnisme) ou encore la structure de personnalité. Les évènements de vie difficiles peuvent aussi en être la cause. Enfin, la pression sociale, qu’elle soit familiale ou sociétale, peut être à l’origine d’un TCA. Cependant, l’entrée dans un tel trouble résulte généralement d’une combinaison de facteurs.

Il existe plusieurs types de troubles qui possèdent leurs propres développements et manifestations. Je me propose aujourd’hui de vous en décrire trois reconnus comme tel par l’Organisation Mondiale de la Santé (anorexie mentale, boulimie et hyperphagie boulimique) ainsi qu’un quatrième ne faisant pas encore l’objet d’une catégorie diagnostique (orthorexie).

L’anorexie mentale :

L’anorexie mentale est une conduite de refus alimentaire sans trouble organique pouvant expliquer cette privation. Cette maladie touche majoritairement les adolescentes (90% des malades). Elle débute souvent par une restriction alimentaire volontaire, qui se veut raisonnable et limitée dans le temps. La personne perd ensuite le contrôle de son alimentation tant sur le plan qualitatif que quantitatif et la maladie s’installe. L’anorexie se caractérise par des restrictions alimentaires et l’éviction de certains aliments. La personne maigrit mais sa perception d’elle-même est altérée, elle refuse de reconnaître sa maigreur (dysmorphophobie). On note un ralentissement de la croissance, un arrêt des règles mais aussi une hyperactivité physique et/ou intellectuel. Certaines personnes touchées peuvent avoir recours à des comportements purgatifs (vomissements provoqués, prise de laxatifs ou diurétiques). Ces conduites sont le plus souvent cachées. L’anorexie se caractérise aussi malheureusement par un important risque de décès en raison des complications somatiques mais aussi du risque suicidaire. Ce TCA est souvent relié à la question du contrôle de soi, de son corps, de ses émotions et de son intellect face à une angoisse qui submerge la personne.

La boulimie :

La boulimie est un TCA qui se caractérise par des crises d’hyperphagies associées à des comportements compensatoires dont le but est de limiter la prise de poids. La première phase de la crise correspond à une absorption compulsive, incontrôlée, excessive et rapide d’aliments souvent très caloriques. S’ensuit des comportements compensatoires purgatifs, le plus souvent des vomissements provoqués. La personne peut également avoir recours à des diurétiques, des laxatifs ou pratiquer une activité physique intensive pour « compenser » l’apport calorique. Ces conduites sont souvent secrètes car accompagnées de honte et de culpabilité. Le poids de la personne étant « normal », c’est un trouble qui est généralement inconnu de l’entourage. Comme dans le cas de l’anorexie mentale, la personne est extrêmement préoccupée par son poids et son alimentation. A terme, ce TCA entraîne une érosion dentaire, de l’ostéoporose, des oesophagites mais aussi un déficit en potassium dans le sang (hypokaliémie) très préjudiciable sur le plan cardiaque. Ce trouble est essentiellement féminin, mais contrairement à l’anorexie, il n’est pas statistiquement relié à la période de l’adolescence. Cette pathologie peut s’expliquer par un manque d’estime de soi, une forte préoccupation liée à l’image du corps mais aussi par un caractère impulsif et/ou perfectionniste.    

L’hyperphagie boulimique :

L’hyperphagie boulimique se caractérise par des crises de boulimie en l’absence de comportements compensatoires. Ces personnes vont donc être en surpoids ou obèses malgré des périodes d’abstinences ou de régimes draconiens. Ces restrictions ponctuelles conduisent immanquablement à de nouvelles crises compulsives avec des prises alimentaires rapides et en excès. La notion de satiété est fréquemment perdue. La personne se retrouve en proie à une véritable torture mentale liée à la nourriture. La fin de chaque crise s’accompagne de culpabilité, de dégout de soi et de regrets. Les causes de ce désordre alimentaire sont encore mal connues et font toujours l’objet de recherches. Sur le plan psychologique, on émet l’hypothèse d’une difficulté dans la gestion du stress. Cependant, les conséquences tant psychologiques que somatiques sont connues : état dépressif, anxiété excessive, isolement social, addictions (tabac, drogues…) mais aussi diabète, cholestérol, problèmes cardiaques, hypertension, insuffisance respiratoire…). La personne a une totale conscience de son trouble mais ne parvient pas à le contrôler. Contrairement aux TCA précédents, il touche autant les hommes que les femmes.

L’orthorexie :

L’orthorexie est une préoccupation démesurée non pas pour la quantité mais la qualité de l’alimentation. Il s’agit d’une tendance obsessionnelle à l’ingestion d’aliments sains et une conception de l’aliment proche du médicament. La notion de plaisir est donc exclue au profit de questions de santé (finalement relatives). La personne va être préoccupée par la qualité nutritionnelle des aliments mais aussi par leur mode « optimal » de cuisson et les matériaux des contenants. On parle d’obsession car la personne va consacrer plusieurs heures de sa journée à se renseigner et à réfléchir sur son alimentation et sa manière de se nourrir (mise en place de rituels contraignants). A l’inverse, l’ingestion d’un aliment jugé « mauvais » générera de l’angoisse chez la personne orthorexique. Enfin, elle va chercher à convertir autrui à ses pratiques et faire preuve d’une grande rigidité.  

Les TCA sont donc des maladies longues et complexes altérant la santé mentale et physique de celui qui en souffre. Ils peuvent conduire à la mort. Ils doivent donc être pris au sérieux et traités au plus vite. L’aide de professionnels est très fréquemment requise. Le but de la prise en charge est avant tout d’écarter toute atteinte à l’intégrité physique de la personne mais aussi de l’aider sur le plan psychologique. La prise en charge repose sur trois piliers : somatique, nutritionnel et psychologique. On associe donc différents types de traitements grâce à un suivi multidisciplinaire et adapté à la personne. On va retrouver :

  • Les hospitalisations nécessaires face aux risques de suicide et aux complications somatiques.
  • Les prises en charge ambulatoires pour traiter les conséquences physiques des TCA.
  • Le suivi nutritionnel afin de redonner des repères à la personne.   
  • Les psychothérapies de soutien (notamment gestion émotionnelle, estime de soi et investigation quant aux causes…).
  • Les thérapies cognitivo-comportementales.
  • Les thérapies familiales.
  • Les thérapies de groupe
  • Les traitements médicamenteux (anxiolytiques, antidépresseurs…).

Les troubles du comportement alimentaire sont des maladies complexes, difficiles à combattre et dont les conséquences sont multiples. Ils ne doivent jamais être minimisés ou raillés. Ils cachent une réelle détresse psychologique et doivent donc être pris en charge et accompagnés sur le long terme afin que la personne puisse retrouver un rapport serein à l’alimentation.   

Les crises de la vie

Les crises de vie constituent des moments de rupture dans l’existence. Ce qui avait un sens autrefois n’en a plus et cette sensation s’accompagne de nombreux questionnements, d’une sensation de perte de contrôle et d’une foule d’émotions intenses et déstabilisantes. En psychologie, la crise de vie est appelée crise existentielle et elle se réfère à une période de transition entre deux étapes fondamentales pour l’individu. Sa survenue est étroitement liée à la frustration et à l’insatisfaction mais aussi à des phénomènes d’adaptation et de construction identitaire. Bien qu’elle puisse affecter tout le monde, elle n’est pas incontournable. Certaines personnes traversent leurs vies sans connaître de telles périodes.

Certains signes sont évocateurs d’une crise de vie :

  • Sur le plan psychique et cognitif, la personne va être en proie à de nombreux questionnements internes ainsi qu’à d’intenses émotions. Elle va souvent les vivre de manière négative de part leur nouveauté, leur intensité et la sensation de manque de contrôle qui y est rattaché. La personne peut aussi ressentir de la fatigue morale ainsi qu’une sensation de vide. Dans certains cas, la crise de vie peut conduire à la dépression.
  • Certaines crises de vie peuvent s’exprimer sur une tonalité opposée : l’euphorie et l’agitation. Elles s’accompagnent alors de changements physiques ou de style vestimentaire ainsi qu’un soudain intérêt pour des activités nouvelles.
  • La crise de vie impacte le sommeil et l’alimentation (perte de poids et insomnies).
  • On observe parfois des attitudes inhabituelles : isolement, impulsivité, irritabilité, opposition, désir de plaire… 
  • Cette période peut aussi se caractériser par des comportements aberrants (que l’on qualifie vulgairement de « pétage de plomb » !).

La crise de vie est causée par différents facteurs, généralement liés aux enjeux de la période de vie que la personne traverse. C’est le cas de l’adolescence par exemple. Mais il peut s’agir d’un refus de vieillir, d’un traumatisme, de la résurgence d’une blessure ancienne et enfouie… Un évènement a priori anodin peut aussi la provoquer tel qu’une naissance, une rencontre, l’obtention d’un âge significatif, une date anniversaire, un changement physique… cet évènement va venir faire « bouger les lignes » et avoir un impact plus important qu’il n’y paraît de part son caractère symbolique. Enfin, la crise de vie peut apparaître en réponse à un état d’insatisfaction ou de frustration lorsqu’il existe un décalage entre les aspirations de la personne et la réalité. Elle agit alors comme un catalyseur d’énergie et de volonté pour faire changer les choses.

Jung rattache la crise de vie au processus d’individuation  c’est-à-dire la réalisation de soi et la connaissance de son propre fonctionnement. C’est notamment au sein de la crise que l’être humain pourra prendre de conscience de son individualité profonde.

Comme expliqué précédemment, la crise n’est pas un passage obligé de l’évolution de l’individu. Elle ne garantit pas le bien être mental même si son dépassement peut être salutaire. Je me propose de vous décrire quelques crises ayant fait l’objet d’études scientifiques en psychologie car elles sont statistiquement traversées par un grand nombre de personnes.

La crise d’adolescence:

La crise d’adolescence est liée aux enjeux multiples de cette période de transition entre enfance et âge adulte. Le mot crise est employé en raison du changement d’attitude assez brutal de celui qui la vit notamment en termes d’opposition et d’humeur. Avec la puberté, l’adolescent perd les repères de l’enfance. Durant une courte période, il connaît des évolutions corporelles, pulsionnelles, psychiques, sociales et cognitives. La crise peut être perçue comme un temps d’adaptation engendrant des attitudes contradictoires. Aux périodes de régression succéderont des comportements d’opposition. L’adolescent « teste » des attitudes, des comportements, des centres d’intérêts jusqu’à ce que son identité se stabilise. On estime que seul 10 à 15% d’entre eux connaissent une crise « problématique » se manifestant par une souffrance psychique, une psychopathologie ou encore des prises de risque.

La crise du quart de vie :

La crise du quart de vie est de plus en plus étudiée. Ce terme a été choisi par analogie avec la crise de milieu de vie même si l’on n’est peut être pas au quart de sa vie à 28  ans ! Elle aurait lieu entre 25 et 30 ans et se caractériserait par un conflit identitaire et des angoisses au moment de construire sa vie d’adulte. Il y aurait discordance entre ses aspirations et la vie que l’on mène réellement. Cette période correspond bien souvent à l’âge des premières désillusions professionnelles et difficultés financières. En effet, les efforts effectués pendant les études ne s’avèrent pas toujours payants à l’arrivée sur le marché du travail que ce soit en termes de poste ou de rémunération. L’équation travail=réussite du monde scolaire ne tient plus. La personne peut ressentir de l’angoisse face aux responsabilités et contraintes du monde des adultes. Dans le même temps, certains amis du même âge « avancent » personnellement ou professionnellement, ce qui peut générer une forme de pression, de sentiment d’échec ou de frustration.  Par ailleurs, c’est un âge où les déboires sentimentaux peuvent être nombreux, notamment la fin de la première histoire longue. Tous ces questionnements entrainent un sentiment d’incertitude et d’insécurité face à l’avenir, à une époque où les réseaux sociaux peuvent accentuer cette pression de « réussir ».

La crise de milieu  de vie :

La crise de milieu de vie ou crise de la quarantaine touche indifféremment les hommes et les femmes. On la situe entre 40 et 50 ans. C’est l’âge du premier regard en arrière. L’obtention d’un âge significatif, les enfants qui grandissent, un souci de santé ou conjugal ou plus généralement un évènement ayant une valeur symbolique forte vont fonctionner comme un déclencheur. La personne va faire le bilan de sa vie écoulée et réfléchir à la manière de vivre le temps qu’il lui reste. Si ce bilan n’est pas satisfaisant, les questionnements, les doutes et les angoisses vont faire leur apparition ainsi qu’un besoin impérieux et surprenant pour l’entourage de rectifier les choses. Cet âge charnière peut être un nouveau souffle ou au contraire un véritable ouragan. Plus les frustrations sont grandes et anciennes, plus l’émergence du soi véritable risque d’être « bruyante ».

La crise professionnelle :

Elle est liée à un sentiment de vide ou de frustration en rapport avec l’activité professionnelle. Après des années au même poste, le travail va assez soudainement perdre de son sens ou de son intérêt. Le rapport au travail change. La crise professionnelle se caractérise par un manque de motivation, de l’ennui au travail et de la tristesse. Elle peut déboucher sur un burn out, notamment lorsque les possibilités de réorientation sont limitées.   

La crise de vie comporte ceci d’effrayant qu’elle bouscule toutes les certitudes établies. Elle balaie les éléments les plus stables de nos vies, autrefois repères essentiels. En cela, elle est très perturbante. Nous résistons d’ailleurs parfois à cette petite voix intérieure. Doit-on l’écouter, au risque de tout perdre ? A-t-on les ressources nécessaires pour affronter tous ces changements ? Est-ce une remise en question passagère ou plus profonde ? La crise de vie est moralement épuisante en raison des nombreuses interrogations qu’elle suscite. Elle impacte l’humeur, l’énergie, l’image de soi et bien sûr l’entourage ! Cette souffrance est néanmoins nécessaire car elle nous oblige à nous questionner et à effectuer un travail introspectif. La sortie de la crise de vie passe forcément par une écoute de soi, de ce qui l’a motivée et une réévaluation de notre vie. Une gestion émotionnelle ainsi qu’une prise de recul sont nécessaires. Chose importante, ce travail demande du temps. Il faut se méfier de ses impulsions qui correspondront davantage à des actes de résistance contre le crise ou d’anesthésie des émotions pour s’en sortir au plus vite plutôt qu’à une réflexion profonde et saine.

Pourtant derrière ce mal être se cache une part fondamentale de nous qui cherche à s’exprimer. Ce processus de « désintégration positive » sonne comme un réveil de notre vraie nature dont on peut tirer profit pour apprendre, grandir et se réinventer en changeant de vieilles habitudes dysfonctionnelles pour de nouvelles plus adaptatives.

L’attachement à l’âge adulte

Comme expliqué dans l’article concernant la théorie de l’attachement, il existe chez tout être humain un besoin inné et universel de s’attacher précocement à une personne et ceci dans une optique de survie. Le mal être, la douleur ou la détresse, entraîneront l’activation réflexe du système d’attachement chez le bébé. Par les cris, les pleurs, l’agrippement… il recherchera la proximité de sa figure d’attachement. Celle-ci aura la capacité de le rassurer. La répétition de ces expériences d’apaisement et de réconfort lui donnera un sentiment de sécurité interne nécessaire pour se développer, explorer, apprendre…

Au cours du développement de l’enfant, il va intégrer dans son cercle d’autres personnes capables de tenir ce rôle (second parent, fratrie, amis…) et va de plus en plus fréquemment utiliser la parole pour obtenir cet apaisement (même si le réconfort physique perdure). La manière dont sont accompagnés les moments de détresse de l’enfant par son entourage est fondamentale pour son développement. Elle lui conférera une base de sécurité interne ainsi qu’une relative confiance vis-à-vis d’autrui. Il possédera des outils pour faire face aux difficultés de la vie, pour gérer ses émotions, pour exprimer et analyser ce qu’il ressent…

A l’inverse, si les parents manquent de cohérence, de constance, font preuve de froideur ou se montrent maltraitants, l’enfant devra mettre en place des stratégies particulières d’adaptation qui auront une incidence sur sa manière de s’attacher à autrui.

Certains auteurs se sont demandés à quel point le style d’attachement de l’enfance était stable dans le temps et si il continuait d’influencer la manière de s’attacher à autrui et de percevoir le monde. Ils ont transposé la théorie de l’attachement au monde des adultes. Ce fut le cas de Mary Main qui a effectué  des études longitudinales et relevé des correspondances élevées entre ces deux dimensions :

  • Les enfants sécures deviendraient des adultes « sécures » en grande majorité.
  • Les enfants anxieux-ambivalents deviendraient des adultes « préoccupés » par l’attachement à autrui.
  • Les enfants anxieux-évitants deviendraient majoritairement des adultes « détachés », distants dans leurs relations.
  • Les enfants dont l’attachement est désorganisé deviendraient, pour une grande part, des adultes « craintifs ».

Un style d’attachement se manifeste par une série de caractéristiques allant de la simple tendance, aux traits de personnalité jusqu’au trouble de la personnalité. C’est dans les relations amoureuses que le style d’attachement s’exprime le plus car le partenaire constitue une source de protection, de soutien, de sécurité comme les parents l’étaient autrefois. Voici la description des quatre styles d’attachement :

L’adulte sécure (60% des adultes environ):

Cela correspond à la qualité optimale du lien à l’autre. L’adulte sécure est une personne qui est à l’aise avec l’idée de se rapprocher d’autrui et n’éprouve pas de difficulté à demander de l’aide en cas de besoin. Elle est plutôt à l’aise dans ses relations intimes et affectives. Elle a en général une assez bonne estime de lui-même. Elle se sent digne d’être aimée. Elle s’épanouit aussi bien dans le célibat que dans les relations amoureuses. L’engagement n’est cependant pas un problème pour elle. Elle fait facilement la différence entre les moments d’intimité partagée et les moments d’intimité personnelle, qu’elle respecte, pour elle comme pour son partenaire. Ce type d’attachement est également un facteur de résilience, de flexibilité et de protection contre le développement d’une psychopathologie.

L’adulte détaché ou évitant (20% des adultes environ):

Ayant grandi dans un environnement qui l’a conduit à se déconnecter de ses émotions, l’adulte évitant fait en sorte de maintenir son entourage à distance. Indépendant et solitaire voire mystérieux, il fait preuve d’une grande pudeur et évite l’intimité pour se protéger de la déception. Il ressent souvent son partenaire comme étant trop demandeur et étouffant. En couple, il ressent fréquemment le besoin de « couper », de s’isoler, de s’investir intensément dans son travail ou une activité. Cette attitude ne signifie pas nécessairement qu’il ne ressent pas d’amour, au contraire. C’est simplement sa manière de fonctionner. La pression de son partenaire pour qu’il montre plus clairement ses sentiments peut engendrer des réactions fortes ou agressives. Par ailleurs, il peut être perçu comme hostile ou en compétition par autrui car il dissimule en permanence sa vulnérabilité et présente une grande confiance en lui. Il présente aussi des difficultés à demander de l’aide car il déteste dépendre des autres. Il garde de son éducation un malaise vis-à-vis du domaine émotionnel allant parfois jusqu’au manque d’empathie. Ce style d’attachement est plus présent chez les hommes que chez les femmes.

L’adulte préoccupé ou ambivalent (15% des adultes environ):

Cet attachement découle de l’inconstance des figures d’attachement durant l’enfance. Face à celle-ci, l’enfant adopte un comportement adaptatif d’hyperactivation du système d’attachement. Cela va donner lieu à une inquiétude perpétuelle de l’adulte vis-à-vis de sa relation à autrui. La peur d’être abandonné domine ce qui engendre hyperémotivité, rumination, jalousie et crises. La personne va tester sans arrêt la solidité du lien, car elle craint que son affection ou son amour ne soit pas réciproque. Cela va engendrer une forte dépendance affective ainsi qu’un important besoin d’être rassuré. La personne ne va pas apprécier que son partenaire passe de bons moments sans elle. La recherche de proximité est quasi constante et la demande affective démesurée. Elles perçoivent et interprètent le moindre « signe d’éloignement » de leurs partenaires et sont submergées par un flot d’émotions qu’elles ne parviennent pas toujours à contrôler. S’ensuit alors des comportements telle qu’une tendance à l’agressivité (reproches, jalousie, sarcasmes…) ou à l’étouffement (possessivité, demandes répétées…). Les personnes préoccupées vivent difficilement seules. Elles préfèrent rester dans une relation peu satisfaisante plutôt que d’y mettre un terme.

L’adulte craintif (5% des adultes environ):

L’adulte craintif est celui qui a vécu une enfance faite de négligence voire de maltraitance et qui est marqué durablement par celle-ci. Les traumatismes peuvent également engendrer ce type d’attachement. L’angoisse d’abandon est forte et engendre de la détresse chez la personne dès qu’elle s’attache. Elle connaît de grandes difficultés relationnelles. La personne est donc solitaire par protection malgré son envie de s’investir dans des relations.

En 1991, Bartholomew et Horowitz ont établi que les orientations d’attachement étaient définies par deux dimensions aux polarités opposées:

  • L’image de soi positive ou négative
  • L’image de l’autre positive ou négative

Le croisement de ces deux dimensions au tableau suivant :

 Image de soi positiveImage de soi négative
Image des autres positiveAttachement sécure
+/+
Attachement préoccupé
+/-
Image des autres négativeAttachement évitant
-/+
Attachement craintif
-/-

A la suite de ces découvertes, de nombreuses études ont été effectuées et se poursuivent encore à l’heure actuelle. Elles ont pu mettre en valeur certaines données :

  • L’association de partenaires sécure et insécure tend à faire évoluer le sentiment d’insécurité vers une plus grande sécurité.
  • Les couples dont les deux conjoints sont de type sécure seraient les plus satisfaits.
  • Les individus affichant des styles insécures vivent plus de ruptures ainsi que des relations conjugales plus courtes que les personnes au style sécurisé.
  • Les couples où les deux partenaires sont insécures montrent une plus grande prévalence de violence conjugale.
  • On observe plus de dépression et plus de stress chez les personnes insécures que chez les personnes sécures.

Cependant, même si ces styles d’attachement sont relativement stables, il n’existe pas de déterminisme immuable. L’être humain est capable d’évoluer notamment grâce aux prises de conscience et aux rencontres déterminantes. Un accompagnement thérapeutique peut également s’avérer décisif. Enfin, la connaissance de cette théorie me semble essentielle. Certains auteurs militent pour sa diffusion au sein de la population car ses implications sont nombreuses et utiles. La connaissance est une première étape dans la volonté de ne plus subir.

Dix fondamentaux en psychologie (selon moi!)

Je n’exerce pas un métier de conseil. Il est basé sur l’échange, la discussion et la non-directivité. Je n’impose rien lors des consultations mais accompagne la réflexion. Ce blog me donne néanmoins la possibilité d’adopter un positionnement plus personnel. Voici dix points fondamentaux en psychologie qui n’engagent que moi, issus de mes observations et connaissances empiriques mais sous-tendus par des théories et études scientifiques. Ils sont suffisamment vastes pour que chacun puisse (ou non !) les reprendre à son compte et y réfléchir.

Les bienfaits de la pensée à long terme :

Bien qu’il soit bon d’apprécier le moment présent, ce dernier ne donne pas toujours d’indications fiables lorsqu’il s’agit de prendre une décision. En effet, nos émotions peuvent être trompeuses. Les décisions importantes nécessitent selon moi une temporisation permettant une prise de recul et une analyse aussi objective que possible. A l’inverse, les impulsions sont émotionnelles et donc peu raisonnées. Les émotions nous renseignent mais elles ne perdurent pas. Une étude belge datant de 2014 a démontré qu’elles ne dépassaient jamais 48 heures. Le psychisme a parfois besoin de temps pour accepter un fait nouveau, générateur d’émotions. Il faut lui laisser le temps d’accomplir son « travail » avant de décider et d’agir.

La pensée positive :

Notre vie émotionnelle et donc notre bien être sont conditionnés par la manière dont on perçoit et analyse les choses. Il ne s’agit aucunement d’avoir une pensée naïve ou biaisée mais de tirer consciemment du positif de chaque expérience (même et surtout si celle-ci est ressentie comme essentiellement négative !). Que ce soit en termes d’apprentissages, de leçons sur soi et sur les autres, de motifs de fierté après coup mais aussi d’anticipation positive, cette manière de fonctionner met dans de bonnes dispositions pour évoluer. Elle donne aussi du sens à notre vécu, permet de relativiser et est génératrice d’énergie. La pensée négative doit être également prise en compte mais il me semble important de faire la balance avec la pensée positive afin d’éviter tout risque de rumination mentale. A la longue, la pensée positive est un vecteur de confiance en soi et de bienveillance envers soi-même.

La mise en action :

L’évolution personnelle est étroitement liée à l’expérience donc à la mise en action. Beaucoup de personnes n’osent pas ou ne s’autorisent pas à agir, se privant ainsi des apprentissages et des bienfaits de l’action. La psychologie n’est pas uniquement centrée sur un travail interne. Bien sûr, l’introspection, l’analyse et la réflexion sont des fondamentaux mais c’est en interagissant avec son environnement que l’on évolue. La stagnation est l’une des pires sensations qu’un être humain puisse éprouver. Ceci-dit, les « défis » que l’on se lance doivent être mesurés et sont propres à chacun. La mise en action peut concerner différents domaines (personnel, professionnel, social, sportif) : un changement à apporter, une décision à prendre, un défi à relever… Dernier point : l’échec est parfois plus redouté que réellement difficile à vivre. Préférez-vous ne pas tenter du tout ou oser et ne pas réussir ? L’un des deux nourrira certainement des regrets, pas l’autre…

L’activité physique :

Les bienfaits de l’activité physique sur la santé mentale ne sont plus à démontrer. De nombreuses études ont mise en évidence son impact positif pour l’esprit. Elle prévient également certaines psychopathologies en agissant sur les systèmes cérébraux, nerveux et endocriniens (sécrétion d’endorphine, dopamine et sérotonine). Par ailleurs, elle améliore la qualité du sommeil, certaines fonctions cognitives (résolution de problèmes, mémorisation et attention) et l’image de soi. Une étude canadienne a même démontré qu’une activité physique modérée améliorait significativement l’humeur en seulement cinq minutes ! Elle permet une optimisation de l’énergie et renforce le sentiment d’efficacité personnelle. Enfin, elle lutte efficacement contre le stress. Ce moyen naturel d’accéder au bien être fait réellement consensus.    

Prendre du temps pour soi :

Nous sommes des êtres sociaux mais nous avons tout autant besoin de calme et de tranquillité à certains moments de notre existence. Le « temps pour soi » est un temps où l’on appuie sur pause. Il permet la réflexion, la détente, le plaisir en étant productif… ou pas ! L’idée est avant tout de répondre à ses besoins du moment, de s’écouter, de déconnecter et de profiter d’une petite parenthèse salutaire dans le tourbillon de la vie. Ce temps peut être dédié à une activité plaisante qui renforce notre confiance en nous et notre sentiment d’efficacité personnelle. Ce moment « en dehors » permet aussi de prendre un recul difficile à percevoir lorsque l’on vit dans un rythme effréné.

S’affirmer :

L’affirmation est la capacité à agir au mieux de son intérêt, à défendre ses droits et son point de vue de manière directe et sincère sans porter atteinte à autrui. Ce comportement n’est pas évident à mettre en place mais il peut faire l’objet de progrès par l’expérimentation et la répétition. Il comporte de nombreux avantages. Il permet d’exprimer avec efficacité ce que l’on souhaite mais aussi ce que l’on ressent évitant ainsi la frustration découlant du silence. Il s’agit d’avoir du respect pour soi et ses opinions, d’agir avec congruence et au final de trouver des solutions ou des compromis.

La gestion émotionnelle :

Les émotions constituent de véritables alliées dans notre vie psychique. Elles nous alertent et nous renseignent. Cependant, il est important d’opérer une « gestion » de nos sentiments afin de ne pas trop les subir. Cela nécessite de les reconnaître, de les analyser et de les traiter en n’étant ni trop près ni trop loin d’elles. Cette juste distance n’est pas évidente à trouver. Daniel Goleman, qui fait référence en matière d’intelligence émotionnelle, a mis en évidence cinq axes principaux : la maitrise de soi, la compréhension des émotions, la conscience de soi, la gestion relationnelle et enfin la conscience sociale.

La connaissance de soi :

Tous les points mentionnés précédemment possèdent un point commun : ils sont plus fluides et plus naturels dans le cas où la personne possède une bonne connaissance d’elle-même. De plus, ils ont tendance, par leur mise en œuvre, à affiner celle-ci. La connaissance de ses ressources, de ses faiblesses, de ses traits de caractère, de ses fragilités, de ses croyances, de ses valeurs, de ses besoins… est un atout psychologique indéniable. Elle favorise la confiance en soi, l’affirmation, la prise de décision, la fixation d’objectifs pertinents, la maitrise de soi et la résolution de problèmes.

La compréhension plutôt que le jugement :

Juger autrui est un acte rapide, facile et superficiel. Le jugement encourage les préjugés et nous prive d’une partie de la vérité par son caractère implacable. Car notre vérité n’est pas forcément celle d’autrui. C’est par cet effort d’empathie que nos échanges sociaux seront favorisés : coopération, compromis mais aussi partage et bienveillance. L’empathie apporte de la nuance et de la flexibilité à notre analyse et donc notre vécu. C’est un authentique facteur de bien être car elle est créatrice d’un environnement riche où règne compréhension mutuelle et soutien.   

La pensée analytique :

Comme expliqué dans l’article sur les biais cognitifs, la majeure partie de nos réflexions est gouvernée par une volonté d’économie de temps et d’énergie. Notre cerveau a tellement à faire que la plupart de nos pensées sont rapides, superficielles et simplistes. Cela va engendrer des erreurs d’interprétation ainsi que des croyances et des préjugés. Il est important de prendre du recul sur ces pensées simplistes ou intuitives en basculant lorsque c’est nécessaire vers une pensée analytique, plus fiable. Tout n’a pas de sens, méfions-nous des signes, des intuitions, des superstitions lorsqu’une décision importante est en jeu.  

La dépression

La dépression constitue un véritable problème de santé publique. On estime qu’elle touche directement trois millions de personne chaque année en France et donc beaucoup plus indirectement. Cette maladie génère une importante souffrance morale chez celui qui l’éprouve et impacte tous les domaines de vie. Bien que ce terme soit fréquemment utilisé, il n’est pas toujours simple d’en saisir les contours et les causes mais aussi les thérapeutiques.

Tout d’abord, la dépression est un état (et non une personnalité) qui se caractérise par trois symptômes majeurs :

  • un sentiment de désespoir au sens littéral du terme
  • une grande tristesse
  • une perte d’intérêt et de plaisir pour les activités qui en procuraient autrefois

Ces symptômes primaires sont obligatoirement présents au moins une fois par jour pendant deux semaines au minimum pour parler de dépression. Cette maladie s’accompagne également de symptômes secondaires qui vont varier d’une personne à une autre. Ils peuvent être classés selon quatre catégories : les symptômes psychiques, les symptômes comportementaux, les symptômes cognitifs et les symptômes objectifs.

Les symptômes psychiques :

  • Douleur morale
  • Pessimisme
  • Ennui
  • Auto-dépréciation
  • Culpabilité
  • Anesthésie ou indifférence affective
  • Incapacité à trouver du plaisir (anhédonie)
  • Vision négative de soi, du monde et du futur
  • Hypersensibilité
  • Idée ou désir de mort

Les symptômes comportementaux :

  • Ralentissement du comportement, de la pensée ou de la communication
  • Sensation de fatigue intense
  • Repli sur soi, isolement
  • Négligence, laisser-aller

Les symptômes « objectifs » :

  • Troubles du sommeil (insomnie, hypersomnie, réveils nocturnes…)
  • Troubles de l’alimentation (perte d’appétit ou au contraire hyperphagie…)
  • Troubles somatiques (douleurs…)
  • Addictions
  • Troubles sexuels (baisse de la libido, impuissance…)
  • Troubles du caractère (irritabilité, agressivité, impulsivité…)

Les symptômes cognitifs :

  • Pensée appauvrie
  • Troubles de la concentration
  • Fatigue intellectuelle (on me mentionne souvent une incapacité à lire par exemple)
  • Jugement et raisonnement imprégnés par la tristesse et le pessimisme.
  • Rumination mentale

C’est le nombre et l’intensité de ces symptômes qui font la gravité de l’état dépressif.

On distingue trois types de causes pouvant favoriser la dépression.

  • Les facteurs psychologiques : ils trouvent leur origine dans l’enfance (relations avec les parents, expériences difficiles…) ou dans une période plus récente (traumatismes, deuil…). Certains schémas de pensées ou croyances comme une estime de soi négative peuvent favoriser la survenue ou le maintien d’une dépression.
  • Les facteurs liés à l’environnement : les évènements déstructurants ou traumatisants, le stress excessif ou encore le cumul des facteurs de stress sont des facteurs circonstanciels pouvant engendrer une entrée ou un maintien dans la maladie.
  • Les facteurs biologiques : de nombreux travaux font apparaître des facteurs génétiques ainsi que le rôle de neurotransmetteurs, des systèmes endocriniens, des altérations chronobiologiques… Une personne dont l’un des parents a fait une dépression a deux à quatre fois plus de risque d’en souffrir lui aussi au cours de sa vie.

Pour synthétiser, les théories actuelles expliquent la dépression par des interactions complexes entre vulnérabilité génétique, modifications des systèmes de régulation du stress et influences environnementales. Plusieurs mécanismes sont encore mal connus et font toujours l’objet de recherches.

(Document créé par le Dr Igor Thiriez)

Précisons qu’il existe différents types de dépressions. On distingue l’épisode dépressif caractérisé (ponctuel) de la dépression chronique (épisodes récurrents) mais aussi les épisodes dépressifs dus à la bipolarité, les dépressions saisonnières, la dépression post partum… Enfin, on distingue le mécanisme de deuil consécutif à une perte ou une séparation et la dépression, bien que les symptômes s’en rapprochent (mais le mécanisme est différent).

Mais que faire lorsque l’on traverse un tel épisode ou que l’un de nos proches y est confronté ?

Il est tout d’abord essentiel de se prémunir du risque suicidaire. Si celui-ci est présent, la consultation d’un professionnel est absolument nécessaire. Il aura les capacités de l’évaluer et de le traiter. Une hospitalisation est parfois indispensable. Par ailleurs, les traitements antidépresseurs viseront le soulagement des symptômes. Enfin, la psychothérapie aura pour but de traiter en profondeur les causes du mal être. La personne recevra une écoute bienveillante et neutre. Le retour sur son parcours pourra être cathartique et permettra à la personne, aidée du professionnel, de comprendre les dynamiques ayant entraîné une décompensation vers la maladie.

(Document créé par le Dr Igor Thiriez)

La guérison est un long processus au sein duquel la volonté seule ne suffit pas. Un temps certain est nécessaire pour analyser, comprendre et modifier certains paramètres de sa vie interne et externe. Un professeur de psychologie m’a dit un jour que la dépression arrive quand le psychisme est confronté à une impasse. Celui-ci se désorganise, ce qui génère de la souffrance, une sensibilité accrue ainsi qu’une perte de repères, certes pénibles, mais nécessaires à la réorganisation.

La santé mentale

Lors de mes études en psychologie, on a eu tendance à me présenter bien davantage l’aspect pathologique du psychisme humain que son caractère sain. En réalité, la santé mentale est abordée en creux lorsque l’on évoque la pathologie et pourrait se définir par la négative. « Est sain tout ce qui n’est pas pathologique ».

Pourtant, se cantonner à la présence ou non d’une maladie mentale serait réducteur et même inexact. On peut être en bonne santé mentale parce qu’on en prend soin malgré une pathologie psychique. En fonction des ressources, de l’éducation, de la disponibilité, de l’envie, des expériences… de l’individu, la santé mentale va être prise en compte ou non. Le domaine de la psychologie souffre encore de nombreux préjugés et l’aspect psychologique est parfois mis de côté voire dénié malgré ses enjeux. On peut donc à l’inverse présenter une santé mentale précaire sans souffrir de maladie mentale.

Définir le concept de santé mentale est assez périlleux car cela implique de décréter qu’il existe une forme de « norme » en terme de bien être psychique, un fonctionnement « idéal » qui pourrait devenir clivant, culpabilisant voire ostracisant. Par ailleurs, un individu vit des variations d’humeur, des moments de stress, de tristesse, de baisse de motivation, des déceptions au fil de ses expériences. Si l’on s’intéresse uniquement à ces aspects négatifs ponctuels, on pourrait émettre un jugement erroné quant à la santé mentale.

En réalité, la notion de santé mentale est évolutive et se pense en termes de capacités d’adaptation. L’humain va vivre des moments de compensation et de décompensation qui vont lui permettre de maintenir une forme d’équilibre psychique. Ce n’est pas donc pas l’absence d’évènements négatifs qui garantit le bien être mental, mais la capacité d’y faire face sans trop se désorganiser. En psychologie, on parle de continuum entre le normal et le pathologique (la pathologie s’inscrivant dans la durée et l’intensité).

L’Organisation Mondiale de la Santé définit la santé mentale comme un « état de bien être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de l’existence, de travailler avec succès et de manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ». On perçoit ici l’origine anglo-saxonne de cette notion. En France, on distingue nettement la santé mentale de la notion de productivité. Elle est davantage reliée à un bien être interne.

Plus concrètement, certains facteurs vont être déterminants pour garantir et sauvegarder la santé mentale :

  • L’hygiène de vie : alimentation saine, activité physique régulière, repos…
  • L’estime de soi : confiance et bienveillance envers soi
  • La connaissance de soi, de ses points forts et points faibles, de ses valeurs, de ses besoins, de son fonctionnement…
  • La gestion émotionnelle : accueil, acceptation et analyse de ses émotions, prise de recul… juste milieu entre les deux extrêmes ni trop prêt ni trop loin de ses émotions!
  • Les capacités de communication
  • L’aspect social  et l’entourage
  • Le temps pour soi : détente, créativité, relaxation, méditation, loisirs (activités associés à la notion de plaisir et d’efficacité personnelle)
  • La pensée positive

Il appartient bien sûr à chacun de s’emparer de ces grandes notions à sa manière, selon son caractère, ses envies et ses valeurs. L’idée est d’acquérir des « compétences de vie » utiles pour préserver son bien être mais tout en restant libre de mener son existence comme on l’entend. Il ne s’agit en aucun cas de suivre des diktats rigides. Le but est d’être capable de « répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne et [de] maintenir un état de bien-être subjectif qui permet d’adopter un comportement approprié et positif à l’occasion d’interactions avec les autres, sa culture et son environnement ». Les compétences de vie s’avèrent être de véritables tuteurs de résilience face aux difficultés de l’existence.

Ces compétences demandent néanmoins un travail introspectif régulier et actif. Les personnes qui ne l’effectuent pas prennent le risque de subir les évènements et leurs émotions, d’agir sans comprendre, de prendre des décisions regrettables, de souffrir d’angoisses, de ressentir un mal être… Il existe également des personnes qui s’intéressent à la sphère mentale uniquement en temps de crise. Ici, le risque se situe dans la reproduction, l’inscription dans un cercle vicieux.

On peut imaginer que ce travail est contraignant et chronophage mais il s’agit en réalité d’une conscientisation qui devient automatique, peu coûteuse et même agréable quand on en prend l’habitude. Un temps de pause, pour soi, un temps d’analyse rationnelle, de prise de recul permet d’avoir une vision plus claire des choses pouvant éventuellement aboutir à un changement salvateur.

Mon propos ne se veut en aucun cas moralisateur mais mon métier m’a fait rencontrer des dizaines de personnes qui se sont oubliées dans le tourbillon de la vie, qui se sont habituées à leur mal être, qui ne remettent plus en cause une situation pourtant inacceptable, qui ne prennent plus soin de leur santé mentale depuis des années et qui s’épuisent littéralement dans ce fonctionnement. Prendre soin de soi n’est pas égoïste et permet souvent d’être mieux avec les autres !

Pour conclure, la santé mentale est une dimension qui se cultive activement et régulièrement, même lorsque tout va bien. C’est une question de santé publique qui nous concerne tous. Il me semble donc essentiel d’affronter cette question en s’affranchissant des préjugés que nous possédons tous sur la santé psychique.

PS: Si l’activité physique est si souvent plébiscitée lorsque l’on évoque la santé mentale c’est qu’elle combine temps pour soi, plaisir et réflexion et favorise la confiance en soi, la détente et le sommeil. Elle permet en outre de lutter contre le stress. BREF, FAITES DU SPORT 🙂

La manipulation mentale

La question de la manipulation mentale est de plus en plus abordée dans les médias permettant au grand public de se familiariser avec cette notion, ce qui me semble salutaire. Il est important d’en connaître les rouages afin de repérer les signes d’une situation de manipulation pour éventuellement les déjouer voire fuir la relation si elle s’avère néfaste. Cependant, le terme de « pervers narcissique » est fréquemment utilisé à mauvais escient. Il m’a donc semblé important de faire un retour sur cet ensemble de notions afin de les clarifier autant que possible.

Tout d’abord, la manipulation est l’attitude délibérée d’une personne qui cherche à contrôler ou influencer la pensée et les comportements d’une autre à ses dépens. Il s’agit donc de manipuler sa conscience dans le sens où elle adoptera un comportement souhaité par un tiers en ayant la sensation d’agir par elle-même. La personne qui manipule agit ainsi pour servir ses intérêts avant tout, ce qui va à l’encontre d’une relation saine et respectueuse.

Il existe de multiples techniques de manipulation. J’ai souhaité en lister quelques unes :

  • Le gaslighting consiste à faire douter l’autre à propos de sa santé mentale.
  • La communication floue ou paradoxale consiste à manquer volontairement de précision dans ses prises de parole afin de tourner les choses en sa faveur le moment venu.
  • Le chantage et la menace jouent sur la peur et l’empathie de l’autre. La personne menace de punir ou de se faire du mal si elle n’obtient pas ce qu’elle souhaite.
  • La victimisation et la culpabilisation consistent à inverser une situation pour imputer la faute à la « vraie » victime et donc reporter la responsabilité sur elle. 
  • L’humiliation est l’atteinte de l’autre dans sa dignité afin d’endommager son amour propre pour l’affaiblir psychologiquement.
  • La triangulation consiste à faire intervenir l’opinion réelle ou supposée des autres (amis, famille…) pour soutenir son propos (ex : tout le monde pense que …).

Comme souvent en psychologie, c’est l’intensité, la durée et les répercussions de  ce type de comportements qui font la pathologie. Nous avons tous déjà manipulé une autre personne dans notre vie. La séduction, le chantage, la victimisation… sont des techniques de manipulation courantes. Notons que certaines périodes de vulnérabilité peuvent entraîner une sur-utilisation des comportements manipulatoires (ex : ruptures sentimentales). Cependant un manipulateur n’est pas toujours un pervers narcissique (mais un pervers narcissique est toujours manipulateur !) quand la manipulation est employée ponctuellement ou de manière circonstancielle. C’est l’utilisation répétée de ce mode relationnel et surtout le but de la manipulation qui doivent être questionnés.

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On distingue traditionnellement deux types de manipulateurs pathologiques que l’on nomme personnalités narcissiques en psychologie : le manipulateur égocentrique et le pervers narcissique. Le premier va manipuler autrui car il place ses intérêts avant ceux des autres quand le second le fera dans une véritable volonté de destruction. Il s’agit ici de modes de conduites durables, envahissants et rigides.

Le manipulateur égocentrique est séducteur et confiant. Il présente une faille narcissique dont l’origine est souvent précoce entraînant une recherche constante d’admiration et de reconnaissance. Admiré par le plus grand nombre, il possède un double visage car il utilise le mensonge, la culpabilisation, il déforme la réalité et il est bien souvent passif agressif dans l’intimité. L’humour et le sarcasme sont ses meilleures armes. «  C’était une blague ». Oui, mais elle cachait un reproche ou une parole blessante. Ces personnes sont dépendantes du regard d’autrui. Sans lui, elles n’existent pas. Leurs intérêts propres passant avant tout, certains auteurs estiment qu’ « elles ne savent pas aimer ». Je nuancerai ce propos en précisant que la relation est sans cesse parasitée par ces dynamiques de domination et de dépendance. Leurs partenaires souffrent de leur attitude à l’allure égoïste mais aussi d’une relation majoritairement unilatérale.

Le pervers narcissique fait quant à lui référence à une personnalité manipulatrice dans sa forme la plus sévère. On parle de vampirisation du territoire psychique de l’autre dans le sens où le PN va nourrir son narcissisme avec celui de sa victime. Il existe en anéantissant l’autre. Sans cela, il ressentirait une forme de vide en lui (trouble narcissique). Dans un premier temps, il va générer un attachement puissant chez l’autre grâce à sa remarquable capacité à proposer une attitude qui colle à tous ses besoins/rêves. Que ce soit sur le plan professionnel ou sentimental, un tableau idyllique est dressé. Le PN pose ainsi les jalons de son emprise destructrice. Il va instaurer un climat de terreur et de doute grâce à la manipulation. Cependant, le masque ne tombe que progressivement et de manière insidieuse. Il va percevoir intuitivement les blessures et failles de l’autre et va les utiliser pour le déstabiliser. Il va aussi utiliser les valeurs humaines de sa victime telle que son empathie. Ses armes sont la victimisation, l’exploitation émotionnelle, l’omniprésence, l’isolement, la culpabilisation mais aussi l’humiliation et la peur. Il va réussir à réduire à néant tous les moyens de défense et les forces vives dont dispose l’autre au fil du temps, allant même jusqu’à le faire douter de ce qu’il est et de sa santé mentale. Il s’agit d’un véritable assujettissement. Émotionnellement froids, mégalomaniaques et incapables de remettre en question leur fonctionnement, il est recommandé de prendre ses distances avec les pervers narcissiques et de stopper toute communication. Toutes volontés de changement, toutes tentatives d’échanges sur le sujet, toutes réactions émotionnelles seront vaines ou utilisées contre vous.

On retrouve fréquemment « le cycle de la violence » dans les relations toxiques.

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Vous aurez compris que le terme de pervers narcissique a tendance à être employé abusivement dans les médias. Il ne peut être utilisé dès lors qu’il y a manipulation, les signes étant en réalité intenses et durables. Cependant, il me semble important que ce sujet soit abordé afin de se prémunir du risque d’entrer dans une relation toxique dont les conséquences seraient extrêmement dommageables.      

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