Les troubles du comportement alimentaire

Rares sont les personnes qui peuvent prétendre avoir toujours entretenu une relation parfaitement saine à la nourriture. Au delà de son caractère vital, l’alimentation revêt une forte dimension affective. De ce fait, les moments de vulnérabilité psychologiques ont souvent un impact plus ou moins important sur cette sphère que ce soit en terme de restriction ou d’excès. Ces déséquilibres ponctuels ne sont pas considérés comme des pathologies. Comme je l’écris souvent, le trouble s’inscrit dans l’intensité et la durée. Dans le cas d’un trouble du comportement alimentaire (TCA), un sentiment de perte de contrôle s’y rattache également. Définir les TCA n’est pas chose aisée car ils sont nombreux et très variés bien qu’appartenant à la même grande catégorie. Par ailleurs, qualifier une pathologie nécessite de se référer à une norme. Or, les habitudes alimentaires sont culturelles et varient d’une personne à l’autre.

Néanmoins, la Haute Autorité de Santé définit les TCA comme des « perturbations graves du comportement alimentaire » c’est-à-dire des conduites différentes de celles adoptées par les individus issus de la même sphère socioculturelle. Ils s’inscrivent dans la durée et s’accompagnent de troubles somatiques et psychologiques. Enfin, la sensation de perte de contrôle ou le besoin irrépressible de s’alimenter d’une façon spécifique sont fréquemment évoqués.

A l’origine des TCA, on retrouve des causes biologiques tels que les facteurs génétiques et neurologiques. Certaines études mettent en avant une altération dans la sécrétion d’un neurotransmetteur, la sérotonine. Il existe aussi des causes psychologiques telles que des difficultés de gestion émotionnelle, certains traits de caractère (ex : perfectionnisme) ou encore la structure de personnalité. Les évènements de vie difficiles peuvent aussi en être la cause. Enfin, la pression sociale, qu’elle soit familiale ou sociétale, peut être à l’origine d’un TCA. Cependant, l’entrée dans un tel trouble résulte généralement d’une combinaison de facteurs.

Il existe plusieurs types de troubles qui possèdent leurs propres développements et manifestations. Je me propose aujourd’hui de vous en décrire trois reconnus comme tel par l’Organisation Mondiale de la Santé (anorexie mentale, boulimie et hyperphagie boulimique) ainsi qu’un quatrième ne faisant pas encore l’objet d’une catégorie diagnostique (orthorexie).

L’anorexie mentale :

L’anorexie mentale est une conduite de refus alimentaire sans trouble organique pouvant expliquer cette privation. Cette maladie touche majoritairement les adolescentes (90% des malades). Elle débute souvent par une restriction alimentaire volontaire, qui se veut raisonnable et limitée dans le temps. La personne perd ensuite le contrôle de son alimentation tant sur le plan qualitatif que quantitatif et la maladie s’installe. L’anorexie se caractérise par des restrictions alimentaires et l’éviction de certains aliments. La personne maigrit mais sa perception d’elle-même est altérée, elle refuse de reconnaître sa maigreur (dysmorphophobie). On note un ralentissement de la croissance, un arrêt des règles mais aussi une hyperactivité physique et/ou intellectuel. Certaines personnes touchées peuvent avoir recours à des comportements purgatifs (vomissements provoqués, prise de laxatifs ou diurétiques). Ces conduites sont le plus souvent cachées. L’anorexie se caractérise aussi malheureusement par un important risque de décès en raison des complications somatiques mais aussi du risque suicidaire. Ce TCA est souvent relié à la question du contrôle de soi, de son corps, de ses émotions et de son intellect face à une angoisse qui submerge la personne.

La boulimie :

La boulimie est un TCA qui se caractérise par des crises d’hyperphagies associées à des comportements compensatoires dont le but est de limiter la prise de poids. La première phase de la crise correspond à une absorption compulsive, incontrôlée, excessive et rapide d’aliments souvent très caloriques. S’ensuit des comportements compensatoires purgatifs, le plus souvent des vomissements provoqués. La personne peut également avoir recours à des diurétiques, des laxatifs ou pratiquer une activité physique intensive pour « compenser » l’apport calorique. Ces conduites sont souvent secrètes car accompagnées de honte et de culpabilité. Le poids de la personne étant « normal », c’est un trouble qui est généralement inconnu de l’entourage. Comme dans le cas de l’anorexie mentale, la personne est extrêmement préoccupée par son poids et son alimentation. A terme, ce TCA entraîne une érosion dentaire, de l’ostéoporose, des oesophagites mais aussi un déficit en potassium dans le sang (hypokaliémie) très préjudiciable sur le plan cardiaque. Ce trouble est essentiellement féminin, mais contrairement à l’anorexie, il n’est pas statistiquement relié à la période de l’adolescence. Cette pathologie peut s’expliquer par un manque d’estime de soi, une forte préoccupation liée à l’image du corps mais aussi par un caractère impulsif et/ou perfectionniste.    

L’hyperphagie boulimique :

L’hyperphagie boulimique se caractérise par des crises de boulimie en l’absence de comportements compensatoires. Ces personnes vont donc être en surpoids ou obèses malgré des périodes d’abstinences ou de régimes draconiens. Ces restrictions ponctuelles conduisent immanquablement à de nouvelles crises compulsives avec des prises alimentaires rapides et en excès. La notion de satiété est fréquemment perdue. La personne se retrouve en proie à une véritable torture mentale liée à la nourriture. La fin de chaque crise s’accompagne de culpabilité, de dégout de soi et de regrets. Les causes de ce désordre alimentaire sont encore mal connues et font toujours l’objet de recherches. Sur le plan psychologique, on émet l’hypothèse d’une difficulté dans la gestion du stress. Cependant, les conséquences tant psychologiques que somatiques sont connues : état dépressif, anxiété excessive, isolement social, addictions (tabac, drogues…) mais aussi diabète, cholestérol, problèmes cardiaques, hypertension, insuffisance respiratoire…). La personne a une totale conscience de son trouble mais ne parvient pas à le contrôler. Contrairement aux TCA précédents, il touche autant les hommes que les femmes.

L’orthorexie :

L’orthorexie est une préoccupation démesurée non pas pour la quantité mais la qualité de l’alimentation. Il s’agit d’une tendance obsessionnelle à l’ingestion d’aliments sains et une conception de l’aliment proche du médicament. La notion de plaisir est donc exclue au profit de questions de santé (finalement relatives). La personne va être préoccupée par la qualité nutritionnelle des aliments mais aussi par leur mode « optimal » de cuisson et les matériaux des contenants. On parle d’obsession car la personne va consacrer plusieurs heures de sa journée à se renseigner et à réfléchir sur son alimentation et sa manière de se nourrir (mise en place de rituels contraignants). A l’inverse, l’ingestion d’un aliment jugé « mauvais » générera de l’angoisse chez la personne orthorexique. Enfin, elle va chercher à convertir autrui à ses pratiques et faire preuve d’une grande rigidité.  

Les TCA sont donc des maladies longues et complexes altérant la santé mentale et physique de celui qui en souffre. Ils peuvent conduire à la mort. Ils doivent donc être pris au sérieux et traités au plus vite. L’aide de professionnels est très fréquemment requise. Le but de la prise en charge est avant tout d’écarter toute atteinte à l’intégrité physique de la personne mais aussi de l’aider sur le plan psychologique. La prise en charge repose sur trois piliers : somatique, nutritionnel et psychologique. On associe donc différents types de traitements grâce à un suivi multidisciplinaire et adapté à la personne. On va retrouver :

  • Les hospitalisations nécessaires face aux risques de suicide et aux complications somatiques.
  • Les prises en charge ambulatoires pour traiter les conséquences physiques des TCA.
  • Le suivi nutritionnel afin de redonner des repères à la personne.   
  • Les psychothérapies de soutien (notamment gestion émotionnelle, estime de soi et investigation quant aux causes…).
  • Les thérapies cognitivo-comportementales.
  • Les thérapies familiales.
  • Les thérapies de groupe
  • Les traitements médicamenteux (anxiolytiques, antidépresseurs…).

Les troubles du comportement alimentaire sont des maladies complexes, difficiles à combattre et dont les conséquences sont multiples. Ils ne doivent jamais être minimisés ou raillés. Ils cachent une réelle détresse psychologique et doivent donc être pris en charge et accompagnés sur le long terme afin que la personne puisse retrouver un rapport serein à l’alimentation.   

Publié par anaiscote

Passionnée de psychologie et installée en cabinet libéral depuis 2013 à Chalon-sur-Saône ainsi qu'à Bourg-en-Bresse, je souhaite partager mon grand intérêt pour ce domaine et faire connaître mon activité en proposant des articles courts et accessibles à tous. COTE Anaïs 3 rue des Lancharres 71100 CHALON-SUR-SAONE 1 Boulevard Paul Bert 01000 BOURG-EN-BRESSE 07-81-62-05-05

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