Ce n’est un secret pour personne, nous sommes des êtres remplis de paradoxes. Et il en est un qui m’a souvent interrogé : pourquoi est-il à la fois essentiel mais aussi si difficile de changer ? Les sensations de frustration, d’insatisfaction et de stagnation sont parmi les plus pénibles à éprouver mais elles se heurtent parfois à notre instinct de conservation, à notre peur de l’inconnu et aux stratégies de résistance au changement que nous mettons en place… Nous avons tendance à nous cramponner au connu, aux habitudes, à la stabilité car ils représentent la sécurité et garantissent un relatif équilibre de vie. Mais qu’en est-il quand une volonté de changement naît et grandit en nous ? Il n’est pas rare d’être paralysé par ce conflit interne, cette inertie générant à son tour honte et culpabilité. Alors comment et pourquoi changer ? Comment passer le cap intimidant de l’action ? Comment éviter les retours à la situation initiale ? Comment tenir bon sur la durée et finir par transformer la nouveauté en habitude ? Je me propose de vous apporter quelques éléments de réponse dans cet article.
Je vais m’appuyer pour cela sur les travaux de Prochaska & Di Clemente qui ont mis en avant une succession d’étapes par lesquelles nous passerions au cours du processus de changement (modèle transthéorique du changement) :

« Ce n’est que lorsque l’homme est prêt à changer, qu’il peut y avoir une véritable révolution ».
Lors de la première étape appelée « pré-contemplation », la personne n’a pas conscience de l’impact néfaste de la situation dans laquelle elle se trouve. Elle n’a donc aucune intention de changer. Les remarques de l’entourage à ce propos n’ont pas de prise sur elle et peuvent même avoir tendance à renforcer la volonté de la personne intéressée à poursuivre ainsi.
« La porte du changement ne peut s’ouvrir que de l’intérieur ».
Le second stade nommé « contemplation » par les auteurs correspond à la prise de conscience du caractère dommageable de la situation. Elle peut provenir d’un évènement marquant, d’une déception, d’un mal être mais aussi d’un ras-le-bol ou de la sensation de répéter un schéma jugé néfaste. Cette étape est pénible à vivre car elle va soumettre la personne à un conflit interne entre le « pour » et le « contre » qui risque de la tourmenter. C’est l’étape de l’ambivalence et de la dissonance cognitive car « Choisir c’est renoncer ». A ce stade, la personne n’agit pas mais est en proie à une réflexion qui peut être intense si les enjeux du changement sont grands. Au cabinet, je reçois beaucoup de personnes bloquées à ce stade. Mon travail consiste essentiellement à les amener à se questionner sur leurs désirs, leurs émotions, leurs besoins, leurs freins et leurs motivations. On cherche parfois à résoudre l’ambivalence en réalisant une balance décisionnelle telle que celle-ci :

Il est fondamental d’identifier les raisons du maintien dans le comportement initial et les bénéfices secondaires qui en découlent. On pourra enfin procéder à une décentration temporelle : En quoi cela avait une raison d’être dans le passé ? Pourquoi ce n’est plus le cas aujourd’hui ? Il peut enfin être intéressant de se projeter dans un futur où le changement aura opéré. Le travail effectué à ce stade permettra d’augmenter la motivation interne (ou intrinsèque) à changer donc l’autodétermination à le faire.

« Le succès est un voyage pas une destination ».
La troisième étape consiste à préparer la mise en action future. Il s’agit de lister les ressources internes et externes dont on dispose, d’anticiper les obstacles et de se questionner en amont à propos des « pièges » à éviter. Enfin, il s’agira de réfléchir à une stratégie de changement. La fixation d’objectifs est pertinente à ce stade. Mais réfléchir à ces aspects concrets peut être effrayant et entraîner un retour vers le stade antérieur (contemplation).
« La folie c’est de faire tout le temps la même chose et de s’attendre à un résultat différent ».
La quatrième étape est celle de l’action. Le changement devient réel et observable. Autant être honnête, cette phase ne peut se départir de l’inconfort de la nouveauté car elle met à mal les capacités d’adaptation. La volonté de retourner à l’état initial pour y retrouver le confort et/ou la sécurité est fréquente. Elle a tendance à s’exprimer sous la forme d’impulsions qu’il est fondamental de considérer comme telles (soit des moments intenses mais brefs). A ce stade, la personne a besoin d’être encouragée, soutenue et reconnue dans ses efforts.

« Ce n’est pas la force mais la persévérance qui fait les grandes œuvres ».
La cinquième étape est celle du maintien du nouveau comportement. Elle est particulièrement ardue car il s’agit d’installer le changement sur la durée. Elle peut s’accompagner de retours en arrière ou de « rechutes » en raison de fréquents moments de découragement et de baisses ponctuelles de la motivation. La détermination initiale peut s’émousser. Il est alors important de re-questionner la motivation et d’apprendre de ses erreurs en identifiant les « situations pièges » et les vulnérabilités non identifiées. Point important, la « rechute » ne nous ramène pas au point de départ. Les apprentissages effectués durant le parcours ne sont pas perdus.
« Vivre c’est changer. Voilà la leçon que les saisons nous enseignent ».
La dernière étape appelée « dégagement » représente l’aboutissement de toute volonté de changement : faire de la nouveauté une habitude ancrée faisant partie intégrante du fonctionnement, sans effort ni difficulté.
Le changement est donc à la fois naturel, nécessaire et inconfortable. Il représente un facteur d’accomplissement permettant de donner un sens cohérent à sa vie. Ce processus répond à un tempo personnel et demande patience, organisation, confiance et persévérance. Si ces conditions sont remplies et si la personne a bien pensé cette étape de vie, elle ne se laissera pas freiner dans son évolution.