Les crises de la vie

Les crises de vie constituent des moments de rupture dans l’existence. Ce qui avait un sens autrefois n’en a plus et cette sensation s’accompagne de nombreux questionnements, d’une sensation de perte de contrôle et d’une foule d’émotions intenses et déstabilisantes. En psychologie, la crise de vie est appelée crise existentielle et elle se réfère à une période de transition entre deux étapes fondamentales pour l’individu. Sa survenue est étroitement liée à la frustration et à l’insatisfaction mais aussi à des phénomènes d’adaptation et de construction identitaire. Bien qu’elle puisse affecter tout le monde, elle n’est pas incontournable. Certaines personnes traversent leurs vies sans connaître de telles périodes.

Certains signes sont évocateurs d’une crise de vie :

  • Sur le plan psychique et cognitif, la personne va être en proie à de nombreux questionnements internes ainsi qu’à d’intenses émotions. Elle va souvent les vivre de manière négative de part leur nouveauté, leur intensité et la sensation de manque de contrôle qui y est rattaché. La personne peut aussi ressentir de la fatigue morale ainsi qu’une sensation de vide. Dans certains cas, la crise de vie peut conduire à la dépression.
  • Certaines crises de vie peuvent s’exprimer sur une tonalité opposée : l’euphorie et l’agitation. Elles s’accompagnent alors de changements physiques ou de style vestimentaire ainsi qu’un soudain intérêt pour des activités nouvelles.
  • La crise de vie impacte le sommeil et l’alimentation (perte de poids et insomnies).
  • On observe parfois des attitudes inhabituelles : isolement, impulsivité, irritabilité, opposition, désir de plaire… 
  • Cette période peut aussi se caractériser par des comportements aberrants (que l’on qualifie vulgairement de « pétage de plomb » !).

La crise de vie est causée par différents facteurs, généralement liés aux enjeux de la période de vie que la personne traverse. C’est le cas de l’adolescence par exemple. Mais il peut s’agir d’un refus de vieillir, d’un traumatisme, de la résurgence d’une blessure ancienne et enfouie… Un évènement a priori anodin peut aussi la provoquer tel qu’une naissance, une rencontre, l’obtention d’un âge significatif, une date anniversaire, un changement physique… cet évènement va venir faire « bouger les lignes » et avoir un impact plus important qu’il n’y paraît de part son caractère symbolique. Enfin, la crise de vie peut apparaître en réponse à un état d’insatisfaction ou de frustration lorsqu’il existe un décalage entre les aspirations de la personne et la réalité. Elle agit alors comme un catalyseur d’énergie et de volonté pour faire changer les choses.

Jung rattache la crise de vie au processus d’individuation  c’est-à-dire la réalisation de soi et la connaissance de son propre fonctionnement. C’est notamment au sein de la crise que l’être humain pourra prendre de conscience de son individualité profonde.

Comme expliqué précédemment, la crise n’est pas un passage obligé de l’évolution de l’individu. Elle ne garantit pas le bien être mental même si son dépassement peut être salutaire. Je me propose de vous décrire quelques crises ayant fait l’objet d’études scientifiques en psychologie car elles sont statistiquement traversées par un grand nombre de personnes.

La crise d’adolescence:

La crise d’adolescence est liée aux enjeux multiples de cette période de transition entre enfance et âge adulte. Le mot crise est employé en raison du changement d’attitude assez brutal de celui qui la vit notamment en termes d’opposition et d’humeur. Avec la puberté, l’adolescent perd les repères de l’enfance. Durant une courte période, il connaît des évolutions corporelles, pulsionnelles, psychiques, sociales et cognitives. La crise peut être perçue comme un temps d’adaptation engendrant des attitudes contradictoires. Aux périodes de régression succéderont des comportements d’opposition. L’adolescent « teste » des attitudes, des comportements, des centres d’intérêts jusqu’à ce que son identité se stabilise. On estime que seul 10 à 15% d’entre eux connaissent une crise « problématique » se manifestant par une souffrance psychique, une psychopathologie ou encore des prises de risque.

La crise du quart de vie :

La crise du quart de vie est de plus en plus étudiée. Ce terme a été choisi par analogie avec la crise de milieu de vie même si l’on n’est peut être pas au quart de sa vie à 28  ans ! Elle aurait lieu entre 25 et 30 ans et se caractériserait par un conflit identitaire et des angoisses au moment de construire sa vie d’adulte. Il y aurait discordance entre ses aspirations et la vie que l’on mène réellement. Cette période correspond bien souvent à l’âge des premières désillusions professionnelles et difficultés financières. En effet, les efforts effectués pendant les études ne s’avèrent pas toujours payants à l’arrivée sur le marché du travail que ce soit en termes de poste ou de rémunération. L’équation travail=réussite du monde scolaire ne tient plus. La personne peut ressentir de l’angoisse face aux responsabilités et contraintes du monde des adultes. Dans le même temps, certains amis du même âge « avancent » personnellement ou professionnellement, ce qui peut générer une forme de pression, de sentiment d’échec ou de frustration.  Par ailleurs, c’est un âge où les déboires sentimentaux peuvent être nombreux, notamment la fin de la première histoire longue. Tous ces questionnements entrainent un sentiment d’incertitude et d’insécurité face à l’avenir, à une époque où les réseaux sociaux peuvent accentuer cette pression de « réussir ».

La crise de milieu  de vie :

La crise de milieu de vie ou crise de la quarantaine touche indifféremment les hommes et les femmes. On la situe entre 40 et 50 ans. C’est l’âge du premier regard en arrière. L’obtention d’un âge significatif, les enfants qui grandissent, un souci de santé ou conjugal ou plus généralement un évènement ayant une valeur symbolique forte vont fonctionner comme un déclencheur. La personne va faire le bilan de sa vie écoulée et réfléchir à la manière de vivre le temps qu’il lui reste. Si ce bilan n’est pas satisfaisant, les questionnements, les doutes et les angoisses vont faire leur apparition ainsi qu’un besoin impérieux et surprenant pour l’entourage de rectifier les choses. Cet âge charnière peut être un nouveau souffle ou au contraire un véritable ouragan. Plus les frustrations sont grandes et anciennes, plus l’émergence du soi véritable risque d’être « bruyante ».

La crise professionnelle :

Elle est liée à un sentiment de vide ou de frustration en rapport avec l’activité professionnelle. Après des années au même poste, le travail va assez soudainement perdre de son sens ou de son intérêt. Le rapport au travail change. La crise professionnelle se caractérise par un manque de motivation, de l’ennui au travail et de la tristesse. Elle peut déboucher sur un burn out, notamment lorsque les possibilités de réorientation sont limitées.   

La crise de vie comporte ceci d’effrayant qu’elle bouscule toutes les certitudes établies. Elle balaie les éléments les plus stables de nos vies, autrefois repères essentiels. En cela, elle est très perturbante. Nous résistons d’ailleurs parfois à cette petite voix intérieure. Doit-on l’écouter, au risque de tout perdre ? A-t-on les ressources nécessaires pour affronter tous ces changements ? Est-ce une remise en question passagère ou plus profonde ? La crise de vie est moralement épuisante en raison des nombreuses interrogations qu’elle suscite. Elle impacte l’humeur, l’énergie, l’image de soi et bien sûr l’entourage ! Cette souffrance est néanmoins nécessaire car elle nous oblige à nous questionner et à effectuer un travail introspectif. La sortie de la crise de vie passe forcément par une écoute de soi, de ce qui l’a motivée et une réévaluation de notre vie. Une gestion émotionnelle ainsi qu’une prise de recul sont nécessaires. Chose importante, ce travail demande du temps. Il faut se méfier de ses impulsions qui correspondront davantage à des actes de résistance contre le crise ou d’anesthésie des émotions pour s’en sortir au plus vite plutôt qu’à une réflexion profonde et saine.

Pourtant derrière ce mal être se cache une part fondamentale de nous qui cherche à s’exprimer. Ce processus de « désintégration positive » sonne comme un réveil de notre vraie nature dont on peut tirer profit pour apprendre, grandir et se réinventer en changeant de vieilles habitudes dysfonctionnelles pour de nouvelles plus adaptatives.

Publié par anaiscote

Passionnée de psychologie et installée en cabinet libéral depuis 2013 à Chalon-sur-Saône ainsi qu'à Bourg-en-Bresse, je souhaite partager mon grand intérêt pour ce domaine et faire connaître mon activité en proposant des articles courts et accessibles à tous. COTE Anaïs 3 rue des Lancharres 71100 CHALON-SUR-SAONE 1 Boulevard Paul Bert 01000 BOURG-EN-BRESSE 07-81-62-05-05

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