Les enjeux de l’adolescence

L’Organisation Mondiale de la Santé considère l’adolescence comme la période de croissance et de développement humain qui se situe entre l’enfance et l’âge adulte, approximativement entre les âges de 10 et 19 ans. C’est parfois une période rude pour celui qui la vit, mais aussi pour son entourage. On a tendance à la caricaturer en tant qu’adulte, oubliant à quel point les émotions vécues étaient vives à cette époque, à quel point nous nous sentions vulnérables, sensibles, déstabilisés par les changements relatifs à cette période. Au cœur de cette étape fondamentale de vie, se trouvent des modifications corporelles, cognitives, psychologiques, sociales et affectives qui mettent à mal les capacités d’adaptation de l’adolescent.

L’adolescence débute par un phénomène biologique : la puberté. Les changements physiques, métaboliques et hormonaux conduisent à la possibilité de procréer. En 50 ans, et sans en connaître la raison exacte, l’âge de la puberté a progressivement avancé, passant de 12 à 10 ans environ*. Cela entraîne un décalage entre les pulsions sexuelles et la maturité intellectuelle, qui elle, suit son cours habituel. L’ado doit composer avec ce corps changeant et « étrange », qui manifeste de plus en plus son identité sexuelle. Encore une fois, on oublie à quel point ce changement rapide et radical peut être perturbant, notamment quand on ne possède pas les compétences émotionnelles et cognitives pour l’affronter. Pour finir, les processus hormonaux peuvent entraîner des sautes d’humeur, d’où ce côté versatile parfois pénible mais en partie involontaire!

Un autre aspect se modifie durant cette période et on l’ignore souvent : le domaine cognitif (ou intellectuel). L’adolescent va accéder à la pensée formelle c’est-à-dire devenir capable de mettre en place un raisonnement abstrait. Cela va lui permettre de progresser dans sa capacité à gérer les relations humaines et à lier passé et présent. Il va améliorer ses capacités de communication et sa flexibilité mentale. En progressant sur ces points, l’adolescent va pouvoir recourir de moins en moins souvent à ses parents pour trouver des solutions aux problèmes qu’il rencontre. Cela va lui permettre de poursuivre ses apprentissages. Enfin, et c’est un point essentiel, les zones cérébrales de contrôle des émotions notamment le cortex pré-frontal vont connaître une évolution importante. C’est vers l’âge de 16-17 ans que ces aspects se stabilisent. Un jeune de 12 ans est donc en pleine construction neurologique et on lui demande parfois des choses dont il est tout bonnement incapable.

Sur le plan social, les choses changent également. Le groupe de pairs (ou d’amis) devient central dans la vie de l’adolescent qui porte temporairement moins d’intérêt à sa famille. Au sein de celui-ci, il progresse socialement et s’émancipe. Il apprend à coopérer, à résoudre les conflits et à communiquer. Le groupe de pairs est souvent de même sexe au début de l’adolescence puis devient peu à peu mixte. Le groupe aide le jeune dans sa construction identitaire. Il se conforme pour pouvoir s’individuer par la suite.

Par ailleurs, on assiste à de nombreux remaniements psychiques durant cette période. L’accession à la pensée abstraite va mener à une prise de conscience accrue de soi et à la capacité à réfléchir sur son propre être. C’est à ce moment qu’apparaissent les premières questions métaphysiques : Qui suis-je ? Ou vais-je ? Vous connaissez la suite… Ces pensées vont s’ancrer dans le corps qui va devenir un lieu symbolique d’expression des conflits. Dans un premier temps, il va être radical dans ses prises de position et passer d’un extrême à l’autre pour faire preuve par la suite de plus de nuance. Ce tâtonnement lui permet de construire son identité. Il va s’identifier à ses pairs mais aussi à des « idoles » qui vont servir ce processus. Les changements successifs concernant les centres d’intérêts marquent des caps dans son évolution. C’est une période marquée par de nombreux essais et expériences, qui engendrent parfois des prises de risque ayant valeur de lutte contre l’angoisse. La réflexion à propos des questions morales, du bien et du mal va prendre de l’importance. Tous ces remaniements ne sont possibles que dans une forme d’égoïsme et parfois de mégalomanie. Ils demandent trop de travail interne pour que l’ado puisse présenter un intérêt à l’égard du monde qui l’entoure. Il ne s’agit donc nullement d’un « égoïsme de confort ».

Enfin, et c’est un point central selon moi, l’adolescence est une période au cours de laquelle se construit l’identité au travers des expériences, échanges, relations… Erikson** considère l’identité comme une synthèse réalisée à partir de son histoire personnelle, des besoins du présent, de ses traits de caractère et des attentes du futur. Lorsque l’identité connaît des remaniements qui aboutissent à une intégration flexible mais durable dans des domaines de vie fondamentaux, l’humain connaît une « crise » et ce, à n’importe quel âge. Ce travail est essentiel même s’il prend du temps et engendre quelques « remous » à l’adolescence. Les auteurs en psychologie considèrent le pôle identitaire comme un « atout développemental », notamment la connaissance de ses forces et faiblesses relatives.

Il me semble donc nécessaire de faire preuve de tolérance face à nos ados parfois ingrats ou injustes. Ils doivent composer avec des changements touchant à toutes les sphères de l’individu tout en n’étant pas très armés pour y faire face. De plus, ces mouvements sont parfois contradictoires, ce qui donne cet aspect paradoxal et fluctuant au comportement. Dans cette période troublée et même si il le conteste, il a désespérément besoin de cadre, de limites mais aussi de sécurité, d’amour, d’écoute et de bienveillance. Il me semble important de se mettre à son niveau pour pouvoir l’aider, notamment en se souvenant à quel point la moindre contrariété était pénible à gérer à cette époque. C’est un tord que d’en avoir une lecture d’adulte.

Bien que l’aspect biologique détermine le début de ce processus, la durée et les spécificités de celui-ci varient selon la situation personnelle de l’individu. L’acquisition de l’indépendance économique et sociale, une relative stabilisation émotionnelle et identitaire et l’acquisition de compétences nécessaires à la vie d’adulte conditionnent la fin de cette période.

*http://www.medecine.ups-tlse.fr/desc/fichiers/Puberte%20precoce.pdf

**Psychologue et psychanalyste américain.

Publié par anaiscote

Passionnée de psychologie et installée en cabinet libéral depuis 2013 à Chalon-sur-Saône, je souhaite partager mon grand intérêt pour ce domaine et faire connaître mon activité en proposant des articles courts et accessibles à tous. COTE Anaïs 3 rue des Lancharres 71100 CHALON-SUR-SAONE 07-81-62-05-05

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